– Peux-tu te présenter à nos lecteurs?
(rires… j’adore cette question) Je suis un jeune homme, un danseur, un chorégraphe, un comédien, qui vit au Rwanda, qui travaille entre le Rwanda et le Sénégal. Un artiste en quelque sorte.
– Comment t’est venue l’idée du spectacle East African Bolero?
Le boléro est une musique qui est vraiment belle, en écoutant la musique j’ai retrouvé des rythmes et sonorités de chez moi, les rythmes de l’Afrique du centre et de l’est, les rythmes congolais et rwandais, une impression d’écouter du tambour et je me suis dit si je m’essayais à danser dessus avec ce qu’il y’a de chez nous une forme traditionnelle et contemporaine en même temps. Je suis entré en studio avec un ami qui est co-chorégraphe du spectacle Vincent Rizdo, on s’est lancés on a créé le spectacle, casté et sélectionné des danseurs d’Afrique de l’est, étant donné que je gère aussi un festival à Kigali que j’ai créé en 2012 (festival qui rassemble tous les danseurs de l’Afrique de l’est). Le East African Bolero est né en 2017 et les nouveaux danseurs sont bien évidemment différents des 1ers danseurs.
– Quels conseils donnerais-tu à un(e) jeune qui veut devenir chorégraphe ou danseur?
Le premier conseil que je donnerai est de ne pas attendre que les autres réalisent tes rêves, on a tendance en tant qu’artiste à laisser la responsabilité aux autres de financer ton travail, la responsabilité au gouvernement, au ministère de la culture, à l’alliance française. Ce n’est pas un métier facile qu’être danseur chorégraphe sur notre continent. En terme de formation, c’est aussi un challenge, à part l’école des sables il y’ a 2 ou 3 écoles de danse en Afrique de l’ouest. En terme de production et des représentations c’est encore plus un challenge , donc quand on veut faire ce métier il faut se donner à 150% et rêver pour soi même, cogner à toutes les portes, demander conseil, grandir et surtout apprendre car on a tendance à penser que le talent seul suffit! Il ne suffit pas, il faut de la formation, il faut du renforcement technique, il faut du renforcement intellectuel aussi et il faut des gens qui vous accompagnent. Il faut savoir parler aux gens, aller vers les gens et être capable de vivre pauvre (gros fou rire), non je rigole je dirai plutôt être capable d’attendre car le succès n’arrive pas forcément tout de suite.
– Tu as évoqué la formation tout à l’heure, comment on se forme en Afrique? On a tendance à penser que la danse fait partie de l’ADN africain qu’en penses-tu?
Certains disent que les africains ont le rythme dans la peau, moi je n’y crois pas, je pense que le rythme peut s’apprendre, qu’on peut décomposer, recomposer à sa propre façon, surtout que la danse aujourd’hui comprend plusieurs formes de danses. Comment on se forme aujourd’hui sur le continent? Sur le tas d’abord, une formation qu’on ne doit pas négliger, la majorité des artistes qu’on voit sur scène aujourd’hui en Europe se sont auto-formés via YouTube, via des petits ateliers de danse organisés ici et là. Il y’ a des endroits aussi comme l’école des sables au Sénégal qui offre l’opportunité d’une formation pro et d’immersion dans la chorégraphie. Il y’a Edith au Burkina Faso, d’autres petites écoles comme Organisation Programme au Mali et des festivals. On se rend compte que ni l’école des sables , ni Edith au Burkina ne peuvent former tout le monde, donc toutes les structures qui ont un lien avec la danse organisent en parallèle des formations. Au Rwanda, j’organise un festival avec des ateliers autour du festival , des ateliers techniques, des ateliers de coaching, des ateliers chorégraphiques. Il y’ a des petites opportunités, des formations qu’il faut aller chercher. Il faut être assez persévérant vu qu’elles sont peu nombreuses. S’auto-former aussi est bénéfique, aujourd’hui avec internet, on peut accéder à des endroits où géographiquement on ne peut pas être, on ne peut pas prendre un billet d’avion pour Paris mais on peut regarder un tuto du CND de Pantin et travailler avec des danseurs du CND de Pantin.
– Quelle est ta prochaine actualité?
Il y’a pas mal d’actualités! Je travaille avec une compagnie et on organise un festival au Rwanda au mois de Novembre le ENT (East African Nights of Tolerance). Avec l’école des sables on est en pleine création d’une grande compagnie, on travaille à faire revivre la grande compagnie qui avait disparu il y’ a 5 ans, on prépare une pièce «La saison des lumières» avec ma co-directrice Alesandra Seutin, une pièce qui rassemblera les danseurs de la diaspora et qui contera l’Afrique en positif. Je suis aussi comédien, je serai sur scène en Allemagne en Octobre/Novembre avec Learning Feminism from Rwanda (une pièce avec des allemands sur le féminisme européen comparé au féminisme africain et ce qu’on a à apprendre les uns des autres).
Je rêve aussi d’une nouvelle pièce mais je ne sais pas encore quand elle sortira, j’ai déjà les idées ne restent que les moyens pour la réaliser.
